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Test des DroboPro et DroboElite
TechMag - Actualité et humeurs
Lundi, 08 Novembre 2010 08:32

Drobo en bref

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La technologie : BeyondRAID et Thin Provisioning

La société Data Robotics a développé une gamme de baies de stockage de 4 à 8 disques, toutes basées sur la même technologie baptisée «BeyondRAID». Cette technologie a pour but de masquer à l’utilisateur la gestion des niveaux de redondance, tout en lui assurant une disponibilité et une performance élevée.

 

Avec le Thin Provisioning, il est également possible d’étendre les volumes alors même qu’il sont en cours d’utilisation. Il devient également envisageable de mélanger les tailles, vitesses et marques de disques, ce qui est normalement interdit dans les RAID classiques. Sans être révolutionnaire (HP avait déjà une technologie similaire baptisée AutoRAID il y a environ 15 ans), le monde du stockage n’avait pas vu une telle intégration à ce prix (de 315 à 3000 euros sans les disques).

 

Nous avons voulu tester ces fonctionnalités, la performance des baies, ainsi que les outils de gestion fournis. Si Drobo vise aujourd’hui des marchés très variés (du particulier à l’entreprise), nous voulons ici comprendre à quel point l’offre est adaptée. Data Robotics a mis à notre disposition une baie DroboPro et une Drobo Elite. Nous les avons testés avec nos propres disques.

La gamme de produits

La gamme a été segmentée en fonction du nombre de disques et du type d’interface disponible.

 

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Cette matrice n’est pas simple. De plus, il y a des limitations que vous ne devinerez pas immédiatement :
• DroboPro ne peut être attaché qu’à une seule machine avec l'interface iSCSI, et ne supporte pas les Jumbo Frames (trames ethernet de 9000 octets), qui permettraient pourtant un gain théorique en vitesse.
• DroboFS est en fait un NAS (AFP, SMB, CIFS)
• DroboFS est doté d’applications (client bittorrent par exemple), et c’est le seul de la gamme.
• DroboElite ne fonctionne qu’avec des machines Intel en iSCSI (l’initiateur iSCSI choisi ne fonctionne pas sur PowerPC)

Nous avons pu nous entretenir avec le Directeur Marketing de Data Robotics, à Santa Clara. Il a clairement admis qu’ils connaissaient les faiblesses apparentes de la gamme, et avoué que la société travaillait à uniformiser la gamme. Pour nous, il est dommage de ne pas simplifier le choix du client : 4, 5 ou 8 disques, quel que soit le type d’interface retenu.

Pour ceux qui ne connaitraient pas, iSCSI est un protocole dédié au stockage, qui utilise les réseaux IP comme support, très souvent du Gigabit Ethernet. L’avantage est de pouvoir réutiliser les infrastructures existantes et aussi de bénéficier du coût des équipements réseaux peu onéreux. iSCSI a été poussé par IBM dans les années 2000 pour répondre à la norme Fibre Channel (FC), certes plus rapide, mais nettement plus chère.

A noter qu’il est recommandé d’isoler les réseaux iSCSI pour garantir les meilleurs performances (l’utilisation de VLANs peut suffire), mais nous avons pu tout à fait partager le port Ethernet avec les connexions IP «normales».

 

Le design

Clairement, les baies sont bien conçues, noires, silencieuses. Montées sur des pieds en caoutchouc, ventilateurs larges et silencieux, il n’y a vraiment rien à reprocher. La face avant aimantée permet un accès aisé aux disques, et assure en lui-même une insonorisation supplémentaire. Sur la droite, une rangée de LEDs bleues permet de connaitre le niveau de remplissage réel de la baie, ce qui est simple et efficace. Nous vous livrons ici des photos de la version Pro, mais le design est similaire sur toute la gamme.

 

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L’outil d’administration

Drobo décompose son logiciel en plusieurs parties. Il y a des extensions chargées au démarrage pour gérer iSCSI (à noter que le démarrage en iSCSI est donc évidemment impossible), et une application «Drobo Dashboard» pour gérer la baie elle-même.

Drobo Dashboard est une application qui affiche également une icône dans la barre de menu, mais seulement quand elle fonctionne (on n’est pas tout à fait dans les standards de développement MacOS X !). On l’utilise pour gérer la création des volumes, contrôler leur état, ou changer les paramètres iSCSI sur les baies qui l’utilise. C’est aussi ici que l’on indique l’adresse email de notification d’événements.

 

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Globalement le Dashboard est clair, bien conçu et aussi bien traduit. L’aide est également complète. Il faut juste savoir que vous ne pourrez configurer la baie que lorsque des disques seront insérés et formatés. Si ce n’est pas le cas, vous n’aurez pas d’erreur évidente pour vous dire que ça ne marche pas. Nous avons également eu un souci en passant nos disques de la version Pro à une version Elite. Il n’est aujourd’hui pas possible de «migrer» les disques, et seul le formatage complet est possible. La raison est que les firmwares (et sûrement un bout du hardware aussi) sont incompatibles entre eux, et c’est dommage. Nous avons suggéré à Drobo de laisser un accès en lecture seule dans ce cas pour permettre la copie vers de nouveaux disques.

A noter que Dashboard sait aussi gérer des copies de manière régulière au sein de la baie. C’est une option intelligente pour gérer des sauvegardes par exemple.

 

Les tests

Les disques employés pour les tests

Une des particularités de la gamme Drobo est de pouvoir mélanger des disques hétéroclites. Nous avons joué le jeu, avec des disques allant de 80 Go à 1,5 To. Tous étaient 7200 tours/min (mais c’est un hasard), et on pouvait trouver des Seagate, Western Digital et IBM. La seule contrainte est bien entendue d’avoir des disques SATA 3,5 pouces. On pourrait cependant tout à fait envisager d’installer des SSDs ou disques 2,5 pouces par le biais d’un berceau adaptateur.

L’infrastructure de tests

Notre fabuleux labo étant doté de beaucoup de matériel divers, nous avons essayé les disques sur des PowerPC (PowerBook G4 et PowerMac G5 Quad), et Intel (MacBook Pro 2009). Pour éviter d’être confronté à des soucis matériels, nous avons utilisé des câbles Granite Digital en FW800, et catégorie 6+ en Ethernet. L’utilisation d’iSCSI au travers un switch ethernet a été testée. Enfin, le MacBook Pro était doté d’un SSD pour une fois de plus ne pas introduire de limitation artificielle.

• PowerBook G4 :
PowerPC 7447A @1,5 GHz, 2 Go DDR PC2700U-25330, disque 250 Go WDC2500BEVE, MacOS X 10.5.8 (9L31a)
• PowerMac G5 :
2xPowerPC 970FX @2,5 GHz, 16 Go DDR2 PC42OOU-444, 2 x 1 To, MacOS X Server 10.5.8 (9L34)
• MacBook Pro :
Core 2 Duo @2,8GHz, 4 Go DDR3-1066, SSD Samsung 256 Go PM800 et SATA Hitachi 500 Go de stockage annexe, MacOS X 10.6.3 (10D573)
• Switch : HP J9450A ProCurve 1810G-24, firmware P.1.17.

Pour ce qui est des logiciels de tests, nous avons employé QuickBench 4.0 d’Intech, mais aussi la suite diglloydTools 2.0.0. Cette dernière est un peu plus aride d’un point de vue graphique (il n’y par défaut que des résultats en texte, et on construit les graphiques ensuite dans Excel), mais elle est par contre plus souple et plus précise.

A noter que nous avons principalement créé des volumes virtuels de 16 To, plus ou moins pourvus en disques physiques.

L’utilisation de digllooydTools nous a par contre contraint à travailler sur des volumes réellement allouables, car de nombreux tests commencent par simplement allouer toute la place disponible. Nous avons plusieurs fois bloqué nos machines par erreur. Le ThinProvisionning a des limites, mais d’un autre côté, on ne travaille pas tous les jours en faisant ce genre de benchs.

 

Premiers résultats

Pour vous donner un ordre de grandeur, Les débits mesurés sont de l’ordre de 80 Mo/s aussi bien en lecture qu’en écriture en FireWire 800, et entre 100 et 110 Mo/s en iSCSI au dessus de Gigabit Ethernet. Le maximum (très) théorique de ces deux normes est de 100 Mo/s et 125 Mo/s respectivement. Les résultats sont donc excellents, même si l’on pouvait atteindre un peu mieux en FireWire 800. On est en particulier très au delà de ce que la plupart des solutions NAS sont capables de fournir. Ces derniers sont pénalisés par des protocoles de partage de fichiers (AFP, SMB/CIFS ou NFS) qui sont nettement moins performants qu’iSCSI.

Dans les boitiers disques externes, on rencontre souvent des limites dues aux bridges employés entre les disques et les bus les reliant aux machines, ici, il faut admettre que les contrôleurs sont plutôt transparents, ce qui est d’autant plus positif que l’on a à faire à des baies RAID, gérant donc la protection des données. Vous le remarquerez en particulier dans les transferts de petits blocs qui restent dans les 25 Mo/s pour des blocs de 32 ko.

La baie est sensible au nombre de disques installés, en particulier en lecture. En fait, les performances augmentent de manière significative en lecture et baisse un peu en écriture au fur et à mesure que l’on ajoute des disques. C’est parfaitement logique : on peut lire sur plus de disques en parallèle, mais lorsqu’on écrit, il faut attendre que plus de disques aient fini d’écrire pour valider la transaction.


Tests séquentiels

Les tests séquentiels sont simples : on teste des transferts avec des tailles de plus en plus grandes (ici : de 32"ko à 256"Mo), aussi bien en lecture qu’en écriture. Nous avons également procédé avec des tailles supérieures avec QuickBench (jusque 100 Mo), mais vous pourrez constater que les performances maximales sont de toute façon atteintes avec des transferts de l’ordre de 4 Mo.

Le premier graphique correspond à un volume de 1 To alloué dans un espace physique de 1,15 To (6 disques), le second avec un volume alloué de 2 To dans un espace physique de 4,15 To (baie pleine avec 8 disques 7200 t/min).

Vous pouvez voir une sérieuse augmentation des performances maximales en lecture (on passe de 89-90 Mo/s à 107-110"Mo/s), ainsi que sur les transferts de moins de 512 ko) et une dégradation des performances en écriture au dessus de 512 ko. Pourquoi ? La faute en incombe à l’attente générée par l’écriture sur plusieurs disques.

BeyondRAID offre une souplesse extraordinaire et garde des performances de très haut niveau, mais il n’en reste que la vitesse globale est affectée par les disques sous-jacents. Nous avons volontairement mélangé des disques variés, dont un 80 Go, difficile d’attendre beaucoup mieux.

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Tests de surface

Difficile de trouver une bonne traduction ! Le but de ces tests est de voir comment un disque se comporte en fonctionnement de l’éloignement par rapport au début du volume. Concrètement, les disques durs classiques voient leur performance fortement diminuer (parfois de 50% ou plus) lorsqu’on s’éloigne du centre. Les SSDs ne sont pas sensibles à ce phénomène, et pour les baies RAID, la multiplication du nombre de disques masque partiellement ce comportement.

Dans le cas des Drobo, on ne peut pas dire... grand chose. Les écritures ne sont vraiment pas pénalisées d’une manière évidente. Les lectures peuvent souffrir d’une certaine «irrégularité», mais il est probable que cela soit du à d’autres phénomènes. En effet, la baie doit ajuster régulièrement l’allocation des données pour balancer performance et capacité. Il est fort à parier que c’est ce que nous voyons ici.

On peut d’ailleurs constater que dans le cas de notre volume de 2 To, l’irrégularité est nettement moins visible. En conclusion Drobo, comme une baie RAID, n’est pas vraiment pénalisée par l’emplacement des données... tant qu’elle n’est pas pleine, ce que nous allons voir par la suite.

 

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Test de remplissage

Ici, le but est de voir comment la baie se comporte lorsqu’on la remplit. Il arrive un moment où le phénomène de ralentissement dû à l’éloignement des données n’est plus négligeable.

Le test n’a été réalisé que sur le volume de 1 To (sur 1,15 To physiques). Ce test est en effet particulièrement long (il faut remplir !),et de plus, nous aurions du travailler avec au moins 4 To sur le 4,15 To.

Les performances sont plutôt très stables jusqu’à 850 Go environ, soient 85% de remplissage, puis les performances diminuent, jusqu’à un très respectable 63 Mo/s. Le phénomène d’instabilité sur les lectures à faible volume peut certainement s’expliquer par la réorganisation des données qui doit avoir lieu dans la baie en dessous de 40%. Il est fort à parier que le contrôleur ne change plus le schéma de disposition des données au dessus de ce seuil.

La technologie BeyondRAID a clairement des effets de bord qui viennent polluer les résultats d’un bench. Le fonctionnement en boite noire ne nous permet pas de déterminer si le contrôleur est en train ou pas de migrer les données. Cela n’affecte pas la qualité globale de la baie. Garder des transferts à plus de 60 Mo/s est de bonne facture pendant qu’on déplace des bouts de données. !"

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A l’usage....

Globalement, vous avez pu comprendre que la simplicité de mise en oeuvre, d’utilisation et les performances des solutions Drobo nous ont plutôt agréablement surpris (version Pro et Elite, en FW800 et iSCSI).
Cependant, le fonctionnement complet en boite noire a soulevé quelques questions que nous avons remontées à Drobo.

 

Alerting et logs

Drobo Dashboard envoie des emails pour prévenir d’une panne de disque, d’un ajout ou retrait ou tout autre événement qui surviennent. Si l'initiative est excellente, la réalisation est en dessous des standards du marché. En effet, l’email que vous recevrez ne vous donne aucune information sur le disque (référence, taille, etc...) qui cause souci.

A ce sujet, Drobo nous répond que cela compte peu étant donné que l’on peut remplacer un disque en panne par un autre disque, taille et marque n'etant pas pris en compte. Certes. Mais en tant qu’intégrateur, il nous parait utile de savoir si c’est un 80 Go ou un 2 To qui est en cause, pour apporter à nos clients un disque de taille similaire, le but étant de ne pas dégrader les performances, de garder la protection des données et de ne pas surfacturer. Il est probable que Drobo améliore ces alertes.

Un peu comme sur l’alerting, les logs sont pauvres et peu informatifs. Au contraire, on peut générer un fichier de «debug» très gros, mais crypté, impossible de savoir ce que l’on envoit au constructeur. Ce manque de transparence n’est pas très encourageant.

Redondance, pièces détachées

Dans les baies Drobo, il n’y a ni alimentation ni contrôleur redondants, et il n’est pas possible de commander des pièces détachées, en dehors de la baie elle-même.

Après discussion avec Drobo, il est clair qu’ils réfléchissent à améliorer cet état de fait. Dans l’intervalle, les intégrateurs ont intérêt à se munir d’une baie en spare pour dépanner les clients. C’est un peu cher, d’autant qu’il n’est pas possible de mettre des disques Drobo Pro dans une Elite ou vice-versa. Il faut donc un modèle de chaque gamme en avance.

iSCSI, oui mais...

Nous avons vraiment été séduits par iSCSI. Mais il y a des limitations : un seul hôte sur la version Pro, pas de client PowerPC sur la version Elite. Jumbo Frames uniquement sur Elite. En résumé, des limitations un peu mesquines à notre goût. Si cela ne pose pas de souci une fois connectée à un serveur par exemple, difficile d’intégrer la baie dans un petit groupe de travail hétérogène, même si cela devrait être possible sur le papier.

 

Conclusion

Les baies Drobo ont un sérieux potentiel. Les fonctionnalités BeyondRAID et le ThinProvisioning sont deux techniques qui redonnent un intérêt aux baies RAID. Les performances sont très bonnes en FireWire 800, excellente en iSCSI, avec un rapport qualité/prix tout à fait raisonnable.

Nous sommes plus dubitatifs sur l’intérêt de stocker de gros volumes sur des bais en NAS ou USB2, et pensons que ce genre de modèle est à réserver à un usage grand public et non professionnel. La seule niche acceptable serait peut-être dans des sauvegardes qui ne nécessiteraient pas des performances très élevées.

Au niveau de la gestion des baies et de l’offre de services autour des solutions, Drobo doit clairement apporter des améliorations pour amener les produits à un niveau plus en phase avec l’attente des entreprises. Si on apprécie le fonctionnement fiable et rapide, il n’en demeure pas moins que l’alerting, la gestion et la disponibilité des pièces détachées doivent permettre une maintenance à distance plus facile. Nous l’avons clairement remonté à Drobo, et pensons que ces besoins seront pris en compte.

 

Article rédigé par Jef Leroy et Philippe Astier